Chaque année, plus de 70 milliards d’euros quittent la France pour rémunérer des acteurs numériques étrangers, souvent sur des marchés où une alternative française existe pourtant. Une partie de cette fuite tient à un problème simple à nommer mais difficile à corriger : n’importe quel éditeur peut se dire « souverain », « français » ou « fabriqué en France » sans qu’aucun tiers ne vienne vérifier l’affirmation. Ce phénomène a un nom, le franco-lavage : afficher une origine française sans qu’aucune vérification indépendante ne vienne l’étayer.
La certification Numérique France Garanti (NFG), lancée officiellement le 18 juin 2026 par l’association Origine France Garantie en partenariat avec Bureau Veritas, s’attaque directement à ce flou. Whaller vient d’en devenir l’un des premiers titulaires, l’occasion de prendre un peu de recul sur ce que cette certification vérifie réellement, en quoi elle diffère d’une qualification de sécurité comme SecNumCloud et pourquoi les deux questions comptent de plus en plus dans les décisions d’achat.
Un marché où la souveraineté se déclare plus qu’elle ne se prouve
Depuis deux ans, la commande publique et une partie du privé ont durci leurs exigences vis-à-vis des fournisseurs numériques : localisation des données, immunité aux lois extraterritoriales, gouvernance non soumise à un droit étranger. La doctrine cloud de l’État et la multiplication des débats autour du Cloud Act appliqué à des infrastructures critiques ont installé le sujet dans les cahiers des charges. Mais tant qu’aucun tiers indépendant ne vérifiait ces déclarations, un éditeur pouvait se prévaloir d’une origine française sans que rien ne l’atteste réellement et un acheteur n’avait pas de moyen simple de faire le tri.
C’est ce vide que le référentiel Numérique France Garanti vient combler, avec un principe proche de celui qui existe depuis longtemps dans l’industrie : Origine France Garantie certifie déjà l’origine de produits manufacturés, la nouveauté est d’appliquer la même logique d’audit indépendant au numérique.
Ce que vérifie concrètement la certification
Whaller a suivi ce chantier depuis son origine, en tant que l’une des seize entreprises pionnières associées à la construction du référentiel dès la phase pilote (nous en avions détaillé les coulisses dans un précédent article). Le référentiel final, audité par Bureau Veritas, repose sur trois critères cumulatifs :
- la localisation en France des activités clés, de la gouvernance et de l’hébergement des données ;
- le respect d’exigences élevées en matière de sécurité et de protection des données ;
- une part majoritaire de la valeur ajoutée numérique (conception, développement, exploitation, maintenance) réalisée sur le territoire national.
La certification n’est pas un totem qu’on obtient une fois pour toutes : elle se maintient par des contrôles de suivi réguliers, sur le modèle des certifications qualité classiques. Un éditeur qui délocaliserait sa gouvernance ou externaliserait l’essentiel de son développement la perdrait.
Origine et sécurité : deux questions, deux référentiels
C’est le point le plus souvent mal compris : une certification d’origine et une qualification de sécurité ne répondent pas à la même question et l’une ne peut pas remplacer l’autre dans un cahier des charges.
La nuance mérite d’être soulignée, car c’est elle qui est le plus souvent perdue en route : SecNumCloud protège contre l’ingérence extraterritoriale à l’échelle européenne, il n’impose pas que la gouvernance ou la valeur ajoutée soient françaises. Un prestataire à capital allemand ou néerlandais peut être qualifié SecNumCloud sans être éligible à Numérique France Garanti, c’est précisément l’écart que ce second label vient combler.
Chez Whaller, la partie sécurité numérique est portée exclusivement par Whaller DONJON, la version de la plateforme qualifiée SecNumCloud 3.2 par l’ANSSI pour les organisations qui traitent des données sensibles. La certification Numérique France Garanti, elle, couvre la plateforme Whaller dans son ensemble et répond à une question différente : qui gouverne l’éditeur, où travaille-t-il, et où la valeur qu’il crée reste-t-elle.
Pourquoi les deux réponses comptent pour les acheteurs
Dans un cahier des charges public ou privé, ces deux questions sont désormais posées séparément et de plus en plus souvent toutes les deux. Une administration soumise à la directive NIS2 veut une garantie de sécurité auditée par l’ANSSI. La même administration, ou une entreprise attentive à sa dépendance stratégique, veut aussi savoir si son fournisseur peut être contraint par un droit étranger, ou si la moindre difficulté chez un actionnaire lointain menace la continuité du service. Un sondage Ifop récent le confirme : la question de la souveraineté numérique n’est plus un sujet de spécialistes, elle infuse jusque dans la perception grand public des outils numériques.
Répondre aux deux questions avec une déclaration sur plaquette commerciale ne suffit plus, y répondre avec deux attestations signées par deux tiers indépendants, sur deux périmètres différents, change la nature de la conversation avec l’acheteur.
Où en est Whaller
Whaller obtient la certification Numérique France Garanti après audit complet de Bureau Veritas, en complément de la qualification SecNumCloud 3.2 de Whaller DONJON. Au 9 septembre 2026, Whaller est le seul éditeur français de plateforme collaborative à réunir ces deux vérifications de nature différente. Pour les détails de l’attestation (portée, durée de validité, modalités de contrôle), le communiqué de presse officiel reste la référence.
Reste une question qui dépasse le seul cas de Whaller : combien d’éditeurs présentés comme français aujourd’hui accepteraient le même exercice de vérification demain ?




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