Il y a encore cinq ans, parler de « souveraineté numérique » relevait presque du débat d’initiés. En 2026, c’est devenu une ligne budgétaire, un critère d’appel d’offres, et parfois même un sujet de tension diplomatique. Le Cloud Act américain, qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès aux données de toute entreprise sous juridiction américaine, où que ces données soient stockées dans le monde, est devenu le point de fixation de quatre régions qui, chacune à leur manière, cherchent à desserrer l’étau des GAFAM. La France et l’Europe légifèrent. L’Afrique bâtit vite, quitte à prendre des raccourcis. Le Canada découvre, parfois avec stupeur, l’ampleur de sa propre dépendance à son voisin du Sud.
Tour d’horizon de ces quatre trajectoires et de ce qu’elles disent d’un même combat mené à des vitesses différentes. Un combat que Whaller mène au quotidien depuis sa création, comme le détaille notre guide de la souveraineté numérique.
La France, laboratoire réglementaire de la souveraineté
La France a pris une longueur d’avance méthodologique. La qualification SecNumCloud de l’ANSSI, actuellement en version 3.2, s’est imposée comme la réponse française la plus crédible à l’extraterritorialité du droit américain, garantissant qu’un service cloud reste hors d’atteinte du Cloud Act et du FISA. Le mouvement s’accélère nettement en 2026 : la Plateforme des données de santé migre désormais directement vers un cloud SecNumCloud, une circulaire du Premier ministre du 5 février impose aux administrations de mobiliser en priorité les solutions publiques mutualisées, et la Dinum a engagé la migration de ses postes de travail vers Linux. Les achats publics français de cloud qualifié SecNumCloud ont progressé de 20 à 22 millions d’euros entre 2024 et 2026, modeste en valeur absolue, mais révélateur d’une dynamique de fond, portée aussi par les réglementations NIS2 et DORA.
Reste un chiffre qui remet les choses en perspective : 80 % des logiciels achetés par le secteur public français restent américains. La bascule réglementaire est amorcée ; la bascule des usages, elle, prendra encore des années, c’est tout l’enjeu des enjeux de souveraineté numérique au sein de l’Éducation nationale, par exemple, où l’adoption réelle des alternatives souveraines reste freinée par les habitudes.
Comme le rappelait Thomas Fauré, président de Whaller, auditionné à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Conseil d’État sur ces enjeux : la France a perdu une partie de sa souveraineté numérique et doit reprendre le contrôle, un constat qui, un an plus tard, trouve enfin une traduction réglementaire concrète. Whaller y répond très concrètement avec Whaller DONJON, plateforme collaborative qualifiée SecNumCloud 3.2.
L’Europe : un réveil stratégique encore fragile
À l’échelle de l’Union, le constat chiffré donne le vertige : plus de 80 % des produits, services et infrastructures numériques utilisés dans l’UE proviennent des États-Unis ou d’Asie, pour une facture annuelle avoisinant 264 milliards d’euros. Amazon, Microsoft et Google contrôlent à eux seuls environ 70 % du marché européen du cloud.
Face à ce constat, Bruxelles a fini par bouger. Le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté son paquet de souveraineté technologique : le Cloud and AI Development Act (CAIDA), un Chips Act 2.0 pour les semi-conducteurs et une stratégie de soutien à l’open source européen. En parallèle, l’initiative EuroStack, portée par une coalition d’acteurs réunie dès 2024, propose un plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur dix ans pour bâtir une pile technologique européenne complète, des semi-conducteurs au cloud. Des projets fédérateurs comme EURO-3C (Telefónica et 70 partenaires dans 13 pays) tentent de mutualiser les infrastructures nationales existantes plutôt que de partir de zéro.
Mais les observateurs restent prudents : le paquet du 3 juin est jugé pauvre en contraintes et en financements réellement engagés, et l’Europe devrait continuer à dépendre à 80-90 % des clouds américains pour l’essentiel de ses charges de travail dans les prochaines années. L’Europe légifère plus vite qu’elle ne construit, un décalage que Whaller analysait déjà à propos des plateformes XR et de la souveraineté numérique européenne, où l’Europe peine à peser face aux écosystèmes propriétaires américains et chinois.
L’Afrique : l’agilité comme réponse à l’absence d’héritage
C’est sans doute la trajectoire la plus singulière. L’Afrique ne part pas d’une dépendance à démanteler, elle part d’une page blanche à écrire et elle le fait vite. Le continent a multiplié par plus de quatre sa capacité installée de data centers en moins de dix ans, portée notamment par l’Africa Data Centres Association. Le Maroc a adopté dès janvier 2026 un cadre légal obligeant les fournisseurs cloud étrangers à héberger localement les données des administrations publiques. Le Sénégal a lancé son New Deal Technologique Horizon 2034 et prépare un cloud national pour les Jeux olympiques de la jeunesse 2026. Smart Africa vient de créer un Conseil africain de l’Intelligence artificielle, plaçant cloud, données et cybersécurité au rang d’enjeux de puissance, au même titre que l’énergie ou la défense.
Cette agilité politique, c’est la vraie longueur d’avance africaine : la capacité à faire de la souveraineté numérique un choix de gouvernance assumé, sans les lourdeurs institutionnelles qui ralentissent l’Europe. Mais elle s’accompagne d’un paradoxe qu’il serait malhonnête de taire. Le continent représente encore moins de 1 % des capacités mondiales de data centers et environ 0,5 % du marché mondial du cloud. Et une partie de cette « souveraineté » se construit avec des équipements chinois (Huawei, Alibaba Cloud), dont les architectures propriétaires limitent tout autant la capacité des États africains à auditer leurs propres flux de données que ne le fait le Cloud Act américain. Comme le résume un expert cité par la presse spécialisée, un data center ne fait pas à lui seul une industrie numérique : sans écosystème logiciel local et sans compétences en cybersécurité avancée maîtrisées sur place, la souveraineté reste à construire au-delà des murs des salles serveurs.
L’Afrique n’a donc pas « résolu » la souveraineté numérique, mais elle a compris, plus vite que beaucoup, qu’il fallait la traiter comme un sujet politique de premier plan plutôt que comme une option technique.
Le Canada : découvrir sa dépendance au grand voisin
Le cas canadien est révélateur d’un angle mort persistant : celui de la confusion entre résidence des données et souveraineté réelle. Un rapport publié en 2026 estime qu’environ 92 % des outils numériques utilisés par les équipes canadiennes restent sous juridiction étrangère, et que 80 % des solutions revendiquant une « résidence de données canadienne » demeurent en réalité exposées au Cloud Act dès lors que leur maison mère est américaine. Le gouvernement fédéral lui-même le reconnaît sans détour dans son livre blanc : tant qu’un fournisseur cloud opérant au Canada reste soumis au droit d’un pays étranger, le Canada n’a pas de souveraineté pleine sur ses données.
Le Premier ministre Mark Carney a lancé le 4 juin 2026 la stratégie nationale « AI for All », qualifiant explicitement la dépendance aux infrastructures cloud sous contrôle étranger d’« exposition stratégique que le Canada ne peut plus se permettre de laisser en place », avec un objectif de 850 mégawatts de capacité de calcul réellement souveraine d’ici 2030. Des offres de cloud souverain émergent (ThinkOn, TELUS, Bell), mais des négociations bilatérales avec Washington sur l’application du Cloud Act sont au point mort depuis 2022, et plus de 90 % des noms de domaine du gouvernement du Québec reposent encore sur des services de messagerie étrangers. Le Canada découvre, avec un temps de retard sur l’Europe, un chemin que la France défriche depuis plus longtemps, celui déjà documenté dans notre article Face aux GAFAM, la souveraineté numérique est-elle possible ?
Un même combat, des vitesses différentes
Ce panorama dessine une conclusion simple : partout, le diagnostic converge, la dépendance aux GAFAM est un risque juridique, économique et géopolitique, pas seulement une question de préférence technologique. Mais les réponses divergent selon les moyens et l’héritage de chacun.
Whaller, une réponse française à un enjeu mondial
C’est précisément dans cet espace que se positionne Whaller depuis sa création : construire une alternative crédible, opérationnelle et rentable aux GAFAM, plutôt que de se contenter d’en dénoncer la domination. Plateforme collaborative française hébergée en France, Whaller propose avec Whaller DONJON sa plateforme collaborative qualifiée SecNumCloud 3.2, une réponse concrète et non théorique, à l’extraterritorialité du droit américain que la France, l’Europe et désormais le Canada cherchent à contenir.
Le combat de Whaller rejoint celui que mènent, chacun à leur échelle, les législateurs français et européens, les stratèges africains de Smart Africa, ou l’administration Carney à Ottawa : prouver qu’une alternative souveraine et sécurisée n’est pas un luxe de niche, mais une nécessité stratégique et qu’elle est déjà là, opérationnelle, aujourd’hui.
Pour aller plus loin sur le blog Whaller : Qu’est-ce que la souveraineté numérique ? et notre catégorie dédiée Souveraineté numérique.




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